Article à paraître dans la prochaine Bile Noire (sortie fin février) :

 

Le plus ancien prisonnier politique de France enfin libéré ?

Quel est le point commun entre le Palestinien Karim Younes, le militant des Black Panthers Mumia Abu-Jamal, l’Amérindien Léonard Peltier et Georges Ibrahim Abdallah ? En plus d’être des symboles de la résistance à l’oppression, ils sont les quatre plus anciens prisonniers politiques du monde. En prison en France depuis 28 années – il a dépassé le triste record de Nelson Mandela –, Georges Ibrahim Abdallah, communiste révolutionnaire libanais, est victime de l’acharnement d’une justice dont l’impartialité prétendue est bien mise à mal, aux ordres du pouvoir politique. Retour sur le parcours d’un militant qui n’a jamais renié son engagement politique.

Né en 1951 au nord du Liban, Georges Ibrahim Abdallah est professeur de collège lorsqu’éclate la guerre du Liban en 1982 : l’invasion Israélienne se solde par la mort de 20 000 civils libanais et palestiniens. Il rejoint d’abord le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) avant de participer à la création des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), qui tentent de porter en Europe la guerre subie au Proche-Orient : on leur attribue, entre autres, les assassinats à Paris, du lieutenant-colonel Charles Robert Ray (attaché militaire adjoint à l’ambassade des Etats-Unis en France) le 18 janvier 1982, et de Yacov Barsimentov (deuxième conseiller à l’ambassade d’Israël) le 3 avril 1982.

Georges Ibrahim Abdallah, dont l’implication personnelle dans les attentats des FARL n’est alors pas établie, est arrêté par hasard à Lyon en octobre 1984, puis condamné en 1986 à 4 ans de prison pour détention d’armes et usage de faux papiers. Cependant, un an avant ce procès, en 1985, G. I. Abdallah aurait dû être libéré et échangé en échange de Gilles Sidney Peyroles, conseiller culturel français à Tripoli, enlevé la même année au Liban par les FARL. Ce dernier est immédiatement libéré, Georges Ibrahim Abdallah non. Yves Bonnet, ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST – le contre-espionnage français) entre 1982 et 1985, qui avait participé à la négociation de l’accord, témoigne aujourd’hui : « La France a trahi la parole donnée ». Premier scandale.

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Sept mois après sa première condamnation, un second procès s’ouvre pour complicité d’assassinat, après la découverte dans un appartement qu’il avait loué de l’arme qui aurait servie à tuer les deux diplomates assassinés par les FARL en 1982. Tandis que l’ambassadeur des États-Unis en France et la famille du lieutenant-colonel Ray se constituent partie civile, une condamnation plus lourde est demandée, sous les pressions américaines et israéliennes. On apprendra plus tard que l’avocat de l’époque de G. I. Abdallah donnait des renseignements sur son client à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : un cas unique en France ! Deuxième scandale.

Le deuxième procès commence le 23 février 1987, dans une atmosphère très tendue. La France vient en effet de subir une vague d’attentats sanglants, revendiqués par le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes du Proche-Orient (CSPPA), qui demande entre autre la libération de G. I. Abdallah. Ces attentats seront finalement imputés à un groupe démantelé quelques mois plus tard, lié aux services iraniens (qui est alors en guerre contre l’Irak soutenue par la France). Les FARL n’y étaient pour rien. Mais peu importe, la plupart des médias se déchainent contre G. I. Abdallah. Alors que le procureur général demande dix années de prison, la Cour prononce la peine maximale : la perpétuité.

Alors qu’il pourrait prétendre depuis 1999 à une libération sous condition, les huit demandes faites en ce sens jusqu’à l’année dernière ont toujours été refusées, et ce malgré le comportement en prison du détenu qualifié d’ « exemplaire ». La raison d’un tel acharnement judiciaire ? « C’est le gouvernement des Etats-Unis qui oppose un veto intolérable à sa libération », soutient son avocat Jacques Vergès, qui dénonce des ingérences américano-israélienne. Ces propos sont partagés par Gilles Perrault (père du diplomate Sidney Peyroles enlevé au Liban en 1985 par les FARL), mais aussi par l’ex-patron de la DST Yves Bonnet : « Cette injustice a assez duré (…) Plus rien ne justifie son incarcération », et qui rajoute même, « il faut se souvenir du contexte, des massacres de Sabra et Chatilah dont les coupables n’ont jamais été punis. Et aujourd’hui, la France garde cet homme derrière les barreaux alors qu’elle a libéré Maurice Papon ? ». Troisième scandale.

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Cet acharnement semble enfin prendre fin, après la décision de la Cour d’appel de Paris le 10 janvier 2013 qui a confirmé le jugement du tribunal d’application des peines du 21 novembre 2012, qui avait répondu positivement à une nouvelle demande de liberté conditionnelle. Cet avis est conditionné par un arrêté d’expulsion signé par le ministre de l’Intérieur, qui permettrait à Georges Ibrahim Abdallah de rentrer directement au Liban, où il souhaite reprendre son métier d’instituteur. Cependant, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, ayant refusé de signer l’arrêté d’expulsion avant le 14 janvier, la réponse à sa demande de libération est reportée au 28 janvier. Dernier scandale en date dont est victime Georges Ibrahim Abdallah, qui paye fort le prix d’un engagement politique qu’il n’a jamais cessé de revendiquer.

Sources :

http://blogs.mediapart.fr/blog/koszayr/100113/georges-ibrahim-abdallah-lun-des-plus-anciens-prisonniers-politiques-du-mon

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/DA_SILVA/47661

Pour aller plus loin :

A lire : Collectif International, Georges Ibrahim Abdallah, Al Dante, 2012

Blog du collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah : http://liberonsgeorges.over-blog.com

 

Le 15 janvier 2013

C.L

Ajout du 14 février 2013 :

 

L’acharnement de l’État continue : l’audience du 28 janvier a été reportée au 28 février ! La mobilisation pour demander la libération de Georges Ibrahim Abdallah ne faiblit pas pour autant. Dernièrement, des rassemblements et manifestations ont été organisés dans plusieurs villes de France, mais aussi en Tunisie, Palestine, Argentine, et au Liban (à Beyrouth, les manifestants ont bloqué la route de Damas, devant l’ambassade de France).

Le Secours Rouge International appelle à une journée internationale d’action le 27 février pour exiger la libération de Georges Ibrahim Abdallah.

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